Le raz-de-marée Nintendo est de retour. À peine trois ans après avoir pulvérisé le box-office mondial, Mario délaisse les tuyaux du Royaume Champignon pour les étoiles. Le film s'impose déjà comme l'événement animation de l'année et pourrait bien dépasser, comme le précédent, le milliard de dollars de recettes. Mais derrière le vernis impeccable de chez Illumination Paris, le voyage spatial vaut-il vraiment le détour ?
La Galaxy Nintendo
À peine arrivé au cinéma, on remarque que Nintendo ne fait pas dans la dentelle concernant le marketing. Entre le porte-popcorn Yoshi (qui se vend déjà à prix d'or sur Leboncoin), les cartes à collectionner que l'UGC change chaque jour pour nous pousser à la consommation, ou encore les pubs pour la Switch 2 avant la séance... Sans oublier, bien sûr, la promo pour les ressorties de Mario Galaxy 1 et 2 au prix fort.
On sent que Nintendo se sert du film comme d’une vitrine XXL. Évidemment qu’un enfant qui ne connaît de Mario que le premier film ou Mario Kart voudra ressortir du cinéma avec la collection complète des jeux. On ne va pas reprocher (enfin si, un peu quand même) à l’entreprise de JV la plus lucrative du monde de faire sa pub, mais quand cette omniprésence entache la qualité globale d’un film, on a le droit de râler. Et toc ! Allez, parlons du film.
Une technique qui décroche la lune
Premièrement, il faut l’admettre : côté réalisation, c’est une claque. Illumination a franchi un palier. L’animation est d’une fluidité exemplaire, avec des gags visuels planqués dans chaque recoin de l’image qui raviront les plus observateurs. La bande-son n’est pas en reste, avec des petites notes discrètes nous rappelant les thèmes uniques de la série, avant de se fondre dans une orchestration très classe. Chapeau !
Lors de certaines scènes, le film joue habilement avec le concept de gravité propre au jeu d’origine. Mention spéciale à la séquence du casino : un cube à six faces où la caméra pivote avec les personnages, créant un vertige spatial assez génial. C’est du pur cinéma d’animation, inventif et dynamique. C'est ici la grande qualité du film.

Oui, vous regardez une adaptation, et alors ?
Ce qui était excellent dans le premier film est encore plus poussé ici. Oui, Mario est un pur jeu vidéo. Chaque élément graphique existe non pas par souci esthétique, mais pour servir le gameplay. Des tuyaux ? On appuie sur "bas". Des blocs ? On saute par-dessous. Des ennemis avec des pics ? Attention !
Les films Mario assument totalement d'adapter un jeu de plateforme sans essayer de rendre cela plus "terre à terre". Ce deuxième opus va même jusqu'à recréer la mappemonde des premiers jeux, nous montrant Mario et Luigi enchaîner et valider les différents niveaux et ça fonctionne à merveille… On aurait presque envie de relancer les premiers épisodes sur les consoles virtuelles des consoles Switch...
Scénario en apesanteur (un peu trop)
Si la forme brille, le fond reste très (trop) simple. Le pitch est d’une simplicité désarmante : Bowser Jr. capture Harmonie pour venger son père, et c’est reparti pour une mission de sauvetage. On aurait aimé un peu plus de densité. L'émotion peine à percer sous la structure en "niveaux" et, surtout, à cause des power-ups illimités, on a du mal à ressentir un quelconque danger pour les personnages. Un peu d’enjeu ne serait pas de trop pour alimenter ce récit, qui ressemble parfois à une succession de gags auxquels on a tenté de donner un lien pour tenir 1h30.

Fan service : le trop-plein de champignons ?
C’est là que le bât blesse. Cette suite plonge tête la première dans le "référencement" à outrance. On sent que Nintendo pose les jalons de son NCU (Nintendo Cinematic Universe), mais à quel prix ? Les scènes s'enchaînent parfois de façon artificielle, comme si l'on cherchait absolument à greffer une planète ou un clin d'œil pour faire plaisir aux fans.
La séquence du dinosaure dans la jungle semble totalement déconnectée du reste. On finit par se demander si on regarde un film avec une âme ou une publicité géante pour les futurs spin-offs de la firme. On perd ce qui faisait le sel du premier volet au profit d’un produit de divertissement millimétré.
Bilan : Qu'on t'ils encore dans les tuyaux ?
Super Mario Bros. Galaxy reste un excellent moment à passer en famille. C’est beau, c’est drôle, et on ne voit pas le temps passer. Mais en sortant de la salle, un petit goût de "trop peu" subsiste. Est-ce un vrai grand film de cinéma ou une démonstration de force marketing ? Un peu des deux. Mario nous emmènera sûrement vers de nouvelles aventures, mais espérons que pour la prochaine fois, il n'oubliera pas d'embarquer un peu plus de narration dans son chapeau.