Avec sa sortie PC tardive, j’ai enfin pu mettre la main sur un jeu que j’attendais beaucoup : Death Stranding 2, et retourner transporter des TONNES de caisses pour sauver l’humanité. Critique entre deux livraisons.
On ne peut pas dire que Hideo Kojima a choisi la facilité pour relancer sa carrière après la fin de sa grande saga Metal Gear. Qui aurait pu parier qu’un jeu basé entièrement sur les « quêtes FedEx », le tic de game design détesté de tous les passionnés d’open world, puisse faire de Death Stranding un succès ? Honnêtement ? Pas moi. Et pourtant, il faut avouer que Death Stranding avait assez d’atouts pour rendre sa proposition intéressante : des musiques somptueuses, une technique irréprochable, un scénario nanardesque-touchant et ultra stylé, ainsi qu’un gameplay basé sur la préparation et l’optimisation pour réussir à traverser les terrains sans encombre (enfin si, quelques dizaines de kilos, ça va).
Développer Death Stranding 2 était donc logique pour les équipes de Kojima. Le lore est déjà bien installé, le gameplay est prêt et le casting est déjà tout trouvé (avec quelques ajouts, notamment Elle Fanning). Kojima peut donc se lâcher dans cet univers déjà créé pour raconter une nouvelle aventure pour Sam et Lou.
Une intrigue qui pèse son poids
Sans aucun spoiler, l’histoire est simple (au début) : Sam, après avoir sauvé les UCA, vit reclus au Mexique et élève Lou (vous savez, le bébé insupportable qui donnait des migraines dans le premier jeu ? À chialer pour un rien parce qu’il faisait -10 degrés ou qu’on tombait de 20 mètres de haut ?). Alors qu’il passe une après-midi tranquille dans son petit bunker aménagé et mieux décoré que ma première chambre de bonne, Fragile (Léa Seydoux) le rejoint et lui propose une nouvelle mission : reconnecter la population sur les continents mexicain et australien, où la Grève fait aussi beaucoup de dégâts. Après la découverte du continent mexicain (qui sert de tutoriel géant), Sam vient rejoindre Lou et Fragile, mais il découvre Fragile blessée, et Lou a disparu… C’est sur cette tragédie que Death Stranding 2: On The Beach aborde son thème principal : le deuil et le déni (oui, c’est super fun). Mais quoi de mieux pour se sentir mieux que de repartir en mission, affronter des monstres poisseux dégueulasses, des humains pas cools et des méchas ?
Sam repart donc à l’aventure, seul, mais mieux entouré que dans le premier jeu, avec ses anciens et nouveaux amis !
Un gameplay bien en boîte
Pour effectuer vos livraisons, vous aurez donc à bien gérer votre équipement avant vos traversées, et vous aurez toujours la possibilité d’utiliser des véhicules, des monte-charges, des canons à marchandises, des éoliennes, ou de construire des ponts… Le jeu semble d’ailleurs beaucoup plus simple que le premier opus : en ayant ajouté beaucoup de fonctionnalités de confort et avec votre vaisseau (le DHV Magellan) qui vous suit un peu partout et vous permet de vous téléporter aux lieux déjà visités, le jeu casse un peu ce côté « seul au monde » du premier épisode. Pour tout vous avouer, j’ai quasiment réussi, à quelques exceptions près, à faire toute l’aventure en véhicule. Sam n’a usé que trois paires de godasses, qu’on ne vienne pas me dire qu’il a souffert pendant ma partie.
Un autre aspect différent du premier jeu : vous aurez beaucoup moins de séquences liées aux Échoués (ces phases où il faut avancer sans faire de bruit, un peu redondantes dans le premier jeu). Par contre, ce sont des clans d'humains et de méchas qu'il faudra infiltrer pour effectuer quelques missions ou récupérer des ressources. Jamais sans très grande difficulté, il est d'ailleurs possible d'assommer l'intégralité d'un camp sans conséquences : l'infiltration n'est pas vraiment récompensée et peut même être une perte de temps. Dommage.
Le jeu propose toujours son génial système de connexion avec les autres joueurs : une fois qu’une zone a été reconnectée au réseau, vous serez en mesure de voir les constructions des autres joueurs et de contribuer à la construction des plus grands édifices grâce aux ressources récoltées. Le paysage change donc rapidement au fil de votre avancée dans le jeu. Vous recevrez aussi des « Likes » pour vos contributions : un système bienveillant où tous les joueurs s’entraident sans se connaître. On ne peut pas mettre de pouce rouge, toutes les contributions sont importantes. C’est un beau message dans un jeu vidéo dont le but est de reconnecter l’humanité.

Rechargez bien votre lecteur MP3
Côté bande-son, c’est encore une fois impeccable. C’est grâce au premier jeu que j’avais découvert l’artiste islandais « Low Roar », dont les morceaux continuent de hanter ce deuxième opus à la fin de vos livraisons, sur des panoramas tout simplement splendides. Woodkid est aussi de la partie, ainsi que Chvrches et Violent Femmes. Les musiques sont toujours utilisées aux meilleurs moments possibles. Et la musique est d’ailleurs un élément important dans le déroulement des événements du jeu.
Et c’est beau ou pas ?
Un petit paragraphe quand même pour parler de l’aspect graphique : oui, le jeu est tout simplement magnifique, et le moteur Decima de Horizon (Guerrilla Games) fait des miracles. Les panoramas sont sublimes, le jeu est fluide et l’optimisation est impeccable. De ce côté-là, Death Stranding 2, tout comme le premier opus, est un modèle d’optimisation pour un jeu de cette envergure et devrait servir d’exemple. Un autre aspect marquant aussi, c’est le sound design, qui renforce l’immersion dans cet univers à un très haut niveau. Chapeau les devs (oui, le jeu n’est pas développé par HIDEO KOJIMA tout seul, mais par l’équipe de KOJIMA PRODUCTIONS).
Mention spécial au personnage de Dollman, animé façon stop-motion, au milieu des scènes en 60fps, qui rend un bel hommage au cinéma de Guillermo Del Toro est son génial Pinocchio sorti en 2022. Un effet surprenant qui renforce l'intention artistique du jeu !

Kojima en fait des CAISSES
La plus grande qualité du jeu, mais aussi finalement son plus grand défaut, c’est que c’est une pure proposition artistique de Hideo Kojima. En tant que grand fan de Metal Gear, j’ai toujours adoré comment le bonhomme arrive à raconter une trame sérieuse, avec des scènes d’ailleurs difficiles (la scène de torture de MGS3 n’a laissé personne indemne), tout en ajoutant des éléments totalement nanardesques. Le tout avec un équilibre qui permet aux jeux de ne jamais tomber dans le ridicule, tout en distillant assez de fun et de rocambolesque pour ne jamais être trop sérieux et ennuyeux.
Dans Death Stranding 2, Hideo Kojima essaie de toujours conserver cet équilibre. Le jeu se veut d’ailleurs légèrement moins sérieux que le premier opus : les personnages sont plus nombreux, les petites saynètes s’accumulent et donnent un ton plus léger sur une grande partie du jeu.
Malheureusement, cet équilibre s’effondre totalement sur le dernier segment du jeu, qui est un maxi best-of de toutes les idées les plus étranges et loufoques que Kojima a dû accumuler en lui depuis des années… Difficile de ne pas se mettre à ricaner devant le combo final, d’un ridicule abyssal, tellement le tout n’a plus aucun sens. Mais le pire dans tout ça, c’est que les dernières séquences, une fois la manette posée, parviennent quand même à faire verser une petite larme (une toute petite, j’vous jure). Le grand n'importe quoi final se fait rapidement oublier pour revenir à une belle maîtrise de l’univers, laissant le jeu se terminer sur une belle note.

Une nouvelle livraison ?
Même si Death Stranding 2 est plus une version 1.5 du premier opus, on peut toujours saluer cette licence comme un pari original et artistique. Une démarche qu’il faut quand même applaudir, que l’on soit fan de la proposition ou non. Car à l’ère de l’IA, des AAA qui se ressemblent tous et des jeux mal optimisés, ça fait plaisir de voir un studio qui trace sa route en dehors de toute conformité, en prenant le risque de faire un four monumental — même si le nom de HIDEO KOJIMA écrit sur la boîte aide énormément au succès du jeu. Vivement la prochaine livraison
Est-ce que nous aurons une suite ? Très probablement. Sans en dévoiler plus, on sent que l’équipe (oui, Hideo Kojima n’est pas SEUL) a encore des trucs à raconter. J’aimerais bien voir une nouvelle licence estampillée Kojima, et j’espère que le troisième jeu ne sera pas aussi identique que le 2 l’est au 1. Mais si on doit reconnecter la FRANCE, je serai de la partie ! (J’espère juste que ce ne sera pas avec SFR).