Après l'incroyable …Like Clockwork en 2013, Queens of the Stone Age a progressivement fait évoluer sa formule. D'abord avec le groove assumé de Villains en 2017, puis avec In Times New Roman… en 2023, un album plus incisif et tranchant qui renouait avec les racines stoner du groupe sans pour autant abandonner cette nouvelle orientation plus mélodique, pop et parfois progressive.


Mais c'est surtout leur incroyable expérience live dans les Catacombes de Paris, prolongée par leur passage au Grand Rex, qui attise aujourd'hui la curiosité. Lors de cette tournée, Josh Homme et sa bande avaient notamment dévoilé Easy Street, un premier aperçu de ce qui allait devenir le son de Perfecth.

Alors que l'hiver pointe le bout de son nez, c'est donc avec beaucoup d'enthousiasme que l'on s'apprête à découvrir ce nouvel album. On est particulièrement curieux de voir à quel point cette expérience souterraine a pu transformer le groupe et influencer sa manière de composer. Est-ce que Queens of the Stone Age a trouvé la formule parfaite entre ses racines stoner et ses nouvelles ambitions musicales ?

Le troisième acte de Queens of the Stone Age

Dans une interview accordée au magazine Spin, Josh Homme évoque le début du « troisième acte » de la carrière de Queens of the Stone Age. Une expression qui prend tout son sens lorsqu'on découvre Perfecth, un album qui semble davantage faire le bilan d'un parcours que chercher à repousser une nouvelle fois les limites du rock.

Le frontman explique qu'il s'agit avant tout d'un recueil de chansons, dont certaines sont assez anciennes, tandis que d'autres ont été écrites en 2021, au moment où il traversait une période particulièrement difficile.

« C'est un recueil de chansons, dont certaines sont anciennes. D'autres ont été écrites en 2021, au moment où mon cœur était brisé et où je me demandais si je devais encore être en vie », confiait-il à Spin.

Entre ses problèmes de santé, son divorce et les épreuves personnelles qui ont marqué ces dernières années, Josh Homme semble avoir trouvé dans la musique un moyen de se reconstruire. Et cela s'entend dès les premières secondes de Perfecth.

L'album s'ouvre sur It's Only Love, un morceau étonnamment doux qui commence avec quelques accords de guitare accompagnés par le bruit d'un train qui passe. Une introduction presque dépouillée, qui donne l'impression d'assister à un moment volé, comme si Josh jouait seul avant de rejoindre ses camarades en studio.

Cela faisait longtemps qu'un album des Queens ne s'était pas ouvert de manière aussi intimiste. Les cordes viennent progressivement accompagner cette balade, avant que le bruit du train ne fasse son retour. Le ton est donné : Perfecth ne sera clairement pas un album explosif. Et ce n'est finalement pas ce qu'on lui demande.

Cette volonté de laisser respirer les compositions se retrouve également dans les propos de Dean Fertita. Dans une interview accordée au média allemand The Circle, le claviériste explique que le groupe a volontairement choisi de ne pas surcharger les chansons avec ses habitudes de composition.

« Nous étions tous d'accord pour ne pas faire obstacle aux chansons – autrement dit, pour ne pas faire ce que nous aurions fait habituellement, comme ajouter des guitares plus fortes. »

Il ajoute que l'intensité de cet album réside davantage dans les textes et les interprétations vocales, avec une volonté de déplacer le centre de gravité des guitares vers le chant.

Une approche qui colle parfaitement à ce que Josh semble vouloir raconter. On retrouve évidemment sa voix si particulière, ses envolées vocales et cette capacité à passer d'un chant presque fragile à des interprétations beaucoup plus habitées. Mais les guitares, elles, semblent parfois se retenir, laissant davantage de place aux arrangements et aux émotions.

Un recueil de chansons entre passé et présent

C'est finalement ce qui rend Perfecth assez particulier : les morceaux semblent parfois provenir de sessions totalement différentes, avec des influences et des intentions qui ne cherchent pas forcément à former un ensemble parfaitement homogène.

Insignificant Other vient ainsi ajouter une bonne dose de groove et de blues aux ambiances crooner que Josh nous offre depuis quelques années déjà. Le morceau s'envole au milieu, avec des sonorités qui rappellent parfois celles de …Like Clockwork ou de Villains. Les guitares balancent quelques petits riffs bluesy en arrière-plan avant de laisser place à un solo particulièrement chaleureux. Un parfait exemple de cette nouvelle orientation musicale que le groupe semble vouloir conserver.

Avec Where The Goth Girls At?, les Queens nous offrent probablement la caution rock de l'album. Le morceau reste relativement doux dans les standards du groupe, mais on retrouve les breaks caractéristiques, une guitare lourde qui vient saccader l'ensemble et quelques riffs bien incisifs. Les violons sont toujours là pour adoucir l'envolée finale, comme si Josh se retenait une nouvelle fois de laisser exploser toute sa rage.

Mono prend une direction nettement plus étrange. Le morceau semble presque avoir été enregistré lors de sessions totalement différentes, avec un son assez particulier qui pourrait presque laisser croire à un enregistrement live. Une proposition intéressante dans son approche, mais qui peine malheureusement à décoller et reste, à notre sens, le titre le moins mémorable de l'album.

Heureusement, From The Cliff vient rapidement rappeler que les Queens sont aussi capables de nous surprendre dans des registres beaucoup plus acoustiques. Le groupe s'essaie ici à la folk, un genre finalement assez rare dans sa discographie. Le morceau rappelle d'ailleurs certains passages de If You Run, issu des Desert Sessions. Les harmonies de guitares fonctionnent à merveille et la voix de Josh est toujours aussi pure. Une très belle réussite qui démontre une nouvelle fois tout le potentiel du groupe dans ce genre d'exercice. Si une tournée acoustique devait voir le jour, on miserait volontiers sur ce morceau pour devenir l'un des grands moments du concert.

Impossible également de passer à côté de Sunday, un morceau particulièrement attendu puisqu'il s'agit d'une composition initialement écrite par Josh Homme pour Iggy Pop et son magnifique album Post Pop Depression, sorti en 2016. On pourrait s'attendre à une réinterprétation radicalement différente à la sauce Queens of the Stone Age, mais il s'agit finalement d'une version assez proche de l'originale, avec Josh au chant. On retrouve cette ambiance et ces mélodies qui fonctionnaient déjà si bien avec Iggy. Un morceau que l'on a finalement déjà entendu des dizaines de fois, mais si cela peut encourager quelques-uns de nos chers lecteurs à découvrir ce magnifique album d'Iggy Pop, foncez !

Easy Street fait évidemment partie des morceaux que l'on attendait le plus. Dévoilé sur scène pendant la tournée des Catacombes, ce titre aux allures folk est une très belle balade. Josh semble particulièrement s'amuser au chant, avant que le morceau ne prenne progressivement de l'ampleur dans sa dernière partie, avec une longue note stridente qui vient envelopper toute la composition. Un très beau titre, qui représente peut-être mieux que n'importe quel autre morceau les nouveaux Queens d'aujourd'hui.

Avec Phantom Limb, on retrouve un refrain entraînant et des sonorités un peu plus proches du stoner que l'on connaît. Certains passages pourraient même nous ramener à l'époque de Lullabies to Paralyze, sorti en 2005. C'est peut-être le morceau qui se rapproche le plus des précédents actes du groupe, avec cette capacité à mêler mélodies accrocheuses et guitares plus incisives.

Enfin, Run Away From The Mob vient clôturer l'album avec une histoire assez particulière. Le morceau remonte aux sessions de …Like Clockwork, enregistrées en 2013, et accueille Dave Grohl derrière la batterie. Derrière ses allures de balade, le morceau finit par prendre une tout autre dimension et explose dans sa dernière partie. Un final presque libérateur, avec un son très californien et une énergie que l'on n'avait finalement pas beaucoup retrouvée depuis le début de l'album.

Perfecth, imparfaitement humain ?

Avec Perfecth, Queens of the Stone Age ne cherche visiblement pas à retrouver la formule de ses premiers albums. Et c'est peut-être ce qui pourra dérouter une partie des fans les plus attachés aux grandes heures stoner du groupe, notamment celles de Rated R ou de Songs for the Deaf.

Mais difficile de reprocher à Josh Homme et sa bande de vouloir explorer de nouvelles sonorités après plus de vingt-cinq ans de carrière. L'expérience des Catacombes, les problèmes de santé de Josh et les épreuves personnelles qu'il a traversées semblent avoir profondément changé sa manière d'aborder la musique. On ressent une véritable envie de partager autre chose, de nouvelles émotions, de nouvelles histoires et surtout une certaine forme de sincérité.

Tout n'est pas forcément mémorable sur Perfecth. Certains morceaux peinent à décoller et l'ensemble manque parfois de cette intensité qui faisait la force des précédentes productions du groupe. Mais derrière ses quelques imperfections se cache un album particulièrement personnel, qui ressemble finalement davantage à un carnet de notes musical de Josh Homme qu'à une nouvelle démonstration de force des Queens.

Et si ce troisième acte ne convaincra peut-être pas tous les amateurs des débuts, il constitue en tout cas un nouveau point d'entrée intéressant dans la discographie du groupe. Une nouvelle formule qui assume pleinement ses influences pop, folk, blues et rock progressif, sans pour autant oublier d'où viennent les Queens of the Stone Age.

Rassurez-vous, les gaillards n'ont pas non plus perdu leur capacité à tout détruire sur scène. Et après cette nouvelle proposition, c'est peut-être encore davantage que nous attendons de retrouver Josh et sa bande sur les routes.

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