Une adaptation d’une grande licence de jeux vidéo comme Resident Evil est toujours un sacré défi, qu’on pourrait même qualifier de « casse-gueule » au vu de la qualité générale des adaptations de jeux vidéo sur grand écran. C’est donc avec du scepticisme, mais aussi beaucoup d’espoir (grâce à un réalisateur qui semble avoir les clés, Zach Cregger), que nous nous sommes avancés dans la salle obscure pour nous faire mordre.

Remarqué pour Évanouis en 2025 (très certainement l’un des meilleurs films de cette année-là), Cregger s’attaque à un MASTODONTE de l’industrie du jeu vidéo : plus de 15 jeux au compteur, des best-sellers incontestés, des remasters en pagaille, des remakes plus récemment… Et on ne parlera même pas des immondes adaptations cinématographiques de Paul W. S. Anderson, qui pourrait planter un champ de navets à lui tout seul.

Pour s’attaquer à Resident Evil en 2026, il faut avoir une vision différente. Trouver le juste milieu entre le côté très nanardesque des jeux, parfois ultra-sérieux, horrifiques et gores, le tout en un temps relativement court (1 h 37 de film). Faire plaisir aux fans, mais aussi rester suffisamment accessible aux non-joueurs, surtout dans un genre comme l’horreur, qui attire beaucoup de monde en salle.

Il aurait dû poser sa soirée

Durant tout le film, c’est Bryan, interprété par Austin Abrams, que vous suivrez sans interruption dans sa grande aventure. Un soir, alors qu’il arrive à l’hôpital pour terminer sa dernière livraison de la journée (des organes, des trucs cool, quoi), un médecin l’interpelle pour lui proposer une dernière course, payée double. Direction Raccoon City !

Une superbe idée que Bryan accepte sans hésiter. Après tout, qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? Sa vieille voiture n’a même pas les chaînes nécessaires pour rouler en montagne sur la neige, il fait nuit, et le film s’appelle RESIDENT EVIL.

Bien sûr, le film ne tarde pas à nous montrer, au détour d’une sublime séquence dans la neige filmée à la troisième personne, le premier zombie du film. Bryan parvient à lui échapper et va enchaîner les lieux, souvent emblématiques des jeux, pour terminer sa livraison, qui pourrait bien sauver l’humanité de cette petite épidémie de rien du tout.

J'crois que t'as un mickey dans le nez tonton

Un level design impeccable

Force est de constater que le level design de ce film est mieux conçu que celui de beaucoup de jeux vidéo ! Car même si Bryan enchaîne les péripéties dans des lieux et des ambiances différentes, son road trip suit un cheminement très cohérent, parfaitement intégré au récit. Aucune scène ni aucun « biome » ne semble être de trop. Le film reprend la formule des jeux sans jamais devenir une banale adaptation qui chercherait à trop leur ressembler.

C’est peut-être ici que réside sa plus grande réussite : les codes du jeu vidéo sont totalement repris. Le personnage tente de survivre dans un survival horror grandeur nature. On ne suit que son point de vue, il renforce son équipement au fur et à mesure de son aventure, croise des personnages-fonctions peu développés mais qui servent à faire avancer le récit, se retrouve bloqué par des cadenas, passe son temps à compter ses balles et se fait poursuivre…

Et pourtant, malgré tous ces éléments, le film reste une VRAIE proposition de cinéma. Un sacré tour de force !

Petite balade de nuit

Le film se déroule quasiment intégralement de nuit et donne même parfois l’impression de se dérouler en temps réel. Un choix qui renforce cette sensation de road trip cauchemardesque, où Bryan n’a jamais vraiment le temps de souffler. La mise en scène est particulièrement efficace, notamment lors d’une séquence au début du film, avec une voiture de police et son gyrophare qui viennent illuminer la neige. La colorimétrie est superbe, les contrastes fonctionnent à merveille et le réalisateur joue très bien avec les distances : cette voiture, visible au loin, suffit à installer une tension qui ne demande qu’à monter.

Et puisqu’on parle de tension, le film maîtrise parfaitement les codes de l’horreur. Les jumpscares sont bien là, certains fonctionnent à merveille, tandis que d’autres semblent nous annoncer une grosse frayeur… qui ne viendra finalement jamais. Le réalisateur joue avec nos attentes, nous pousse à anticiper le danger pour mieux nous surprendre autrement. Une façon intelligente de faire monter la pression, plutôt que de simplement nous balancer un zombie à l’écran toutes les cinq minutes.

Mais ça fait peur ?

Les jeux Resident Evil ont toujours cultivé un côté très cauchemardesque, mais aussi très nanardesque et caricatural. Pour retrouver cet équilibre, le réalisateur a choisi de conserver la dimension horrifique tout en y glissant quelques punchlines et situations humoristiques.

Le film sait déranger. Si je dis « petite fille », celles et ceux qui ont vu le film savent de quoi on parle. Cette scène est franchement dérangeante et assez terrifiante. Mais on retrouve aussi des moments très drôles, qui reposent beaucoup sur la maladresse du personnage principal.

Ce dernier lâchera des « Fuck, oh fuck » chaque fois qu’il découvrira une nouvelle situation susceptible de très mal tourner pour lui.

L’humour n’est pas là pour désamorcer l’horreur, mais pour nous laisser respirer entre les séquences horrifiques et, paradoxalement, renforcer leur impact. L’équilibre est parfait, et difficile de ne pas penser au cinéma de Jordan Peele lorsqu’il s’agit de mélanger ces deux genres. Ou encore à l’incroyable série Widow’s Bay, l’une des grandes séries de 2026.

Le jeu vidéo a trouvé son réalisateur ?

Pour conclure, Resident Evil est probablement l’une des meilleures adaptations de jeux vidéo au cinéma. Un film qui évite la ressemblance trait pour trait avec son média d’origine et qui propose une histoire originale tout en reprenant un maximum de codes de la saga et de mécaniques de jeu vidéo.

Zach Cregger a réussi à trouver une formule magique là où beaucoup de réalisateurs, même parmi les plus grands, se sont cassé les dents. Peut-être que sa passion pour le médium d’origine, sa connaissance de la licence et son respect de l’œuvre suffisent à expliquer cette réussite. Mais apparemment, il s’agit surtout de son talent.

Vivement la prochaine œuvre du bonhomme !

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