Il est toujours difficile de décrire l’œuvre d’Hirohiko Araki. Avec ses centaines de personnages aux pouvoirs baroques et ses enjeux qui mutent à chaque décennie, la saga est un monument de la pop culture. Aujourd'hui, on se penche sur la neuvième partie en cours de publication : The JOJOLands.
La grande épopée JoJo’s Bizarre Adventure a débuté en 1987 dans le Weekly Shonen Jump. Après avoir exploré la lignée des Joestar sur six parties, la conclusion de Stone Ocean a marqué un tournant définitif : un "reboot" total de l’univers. Fini la lignée originelle, Araki a relancé les compteurs avec la partie 7, Steel Ball Run (un western haletant dont l'adaptation anime est très attendue), puis Jojolion, un thriller urbain aux accents de crise identitaire. Depuis 2023, l'auteur nous régale avec The JOJOLands, dont le premier acte vient de se clôturer en beauté.
Un "Heist Movie" sous les tropiques
Alors, The JOJOLands, ça se passe quand et où ? Dans le futur ? Dans l’espace ? Pas du tout. Araki revient à quelque chose de plus contemporain et "terre à terre" : l’action se déroule à Hawaii, de nos jours. Nous y suivons Jodio Joestar et son grand frère Dragona, deux adolescents manieurs de Stands (ces extensions psychiques propres à la série). Pour survivre, ils participent à des braquages pour le compte de Meryl May Qi, la directrice de leur lycée qui utilise sa boutique de mode comme couverture pour un trafic de grande ampleur.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la fluidité du récit. Araki délaisse les temps morts pour un rythme de "film de casse" totalement maîtrisé. L'intrigue s'emballe autour d'un objet mystérieux : une Roche Volcanique. Ce caillou, d'apparence banale, semble posséder un pouvoir d'attraction magnétique sur la valeur et l'argent. Ce n'est plus seulement une quête de puissance, mais une course à la fortune qui va pousser nos héros à infiltrer la villa d'un célèbre mangaka avant de se frotter à bien plus gros qu'eux.

Howler : La multinationale face aux marginaux
Le véritable antagoniste social de cette partie prend les traits de Howler, une méga-corporation tentaculaire. Howler représente l'entité capitaliste par excellence, celle qui achète les terres, privatise les ressources naturelles d'Hawaii et écrase les locaux sous son poids financier. En voulant tout voler à cette corporation, Jodio et sa bande ne font pas que braquer une banque : ils tentent de "hacker" un système qui les a déjà condamnés à la précarité.
On y retrouve aussi le progressisme cher à l'auteur. Le premier chapitre s’ouvre sur un contrôle policier abusif où Dragona, jeune homme aux traits féminins, subit un attouchement de la part d'un officier. La vengeance des deux frères est immédiate. En quelques pages, Araki dénonce les violences policières et met en avant des identités fluides, plaçant la marge au centre de son récit.

Un florilège de Stands et une maestria visuelle
Que serait JoJo sans ses Stands ? Sans trop en dévoiler, préparez-vous à de l'absurde et du génial avec November Rain (une pluie au poids destructeur), Smooth Operators (des robots capables de faire glisser la matière) ou encore The Matte Kudasai.
Mais au-delà des pouvoirs, c'est visuellement qu'Araki nous rappelle pourquoi il est une légende. À plus de 60 ans, le mangaka semble avoir atteint une forme de sérénité graphique où la complexité devient limpide. Il s'amuse à dessiner des situations d'une densité folle avec une simplicité incroyable. Les scènes d'action bénéficient d'une fluidité exemplaire, portées par des plans originaux que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. Chaque trait semble posé avec une assurance absolue, rendant le chaos créatif parfaitement lisible.
Suivre Jodio et sa bande sous le soleil d’Hawaii est un pur plaisir. C’est dépaysant, chaleureux et pourtant toujours aussi "bizarre". Une nouvelle preuve que, même après 40 ans de carrière, l'auteur n'a rien perdu de sa superbe. Une lecture indispensable.