Nous y sommes ! Après le génialissime The New Abnormal en 2020, Les Strokes se faisaient très discrets. Cela n’a pas empêché Julian Casablancas de s’amuser et d'expérimenter avec son side-project, The Voidz. Aujourd'hui, le leader du groupe essaie d’insuffler cette inspiration dans Reality Awaits, le nouvel album du groupe de rock le plus emblématique de notre époque.

Il était long, ce teasing ! Entre quelques visuels rétro-futuristes pour annoncer le nom de l’album, puis la sortie des singles Going Shopping et Falling Out of Love, et enfin une date de sortie repoussée au 24 juillet 2026, on avait l’impression que le groupe jouait littéralement avec le titre de son disque.

On l’attendait avec impatience : déjà parce que le dernier opus, The New Abnormal, avait marqué les esprits par sa superbe production et ses compositions ultra-efficaces dignes des deux premiers albums, sans oublier des envolées grandioses comme Ode To The Met et At The Door (désormais ancrées dans le top des morceaux du groupe). Les Strokes s’étaient retrouvés pour notre plus grand plaisir, et la présence de Rick Rubin à la production — de retour pour ce Reality Awaits — était la cerise sur le gâteau.

Les premiers singles donnent immédiatement le ton. Going Shopping est instantanément un tube. Le clip du morceau est tout aussi réussi, arborant une ambiance à la The White Lotus et se payant même le luxe d’inviter le génial acteur Walton Goggins à l’écran.

Le second single, Falling Out of Love, est totalement différent et se rapproche davantage de l’atmosphère d’un Ode To The Met. On pourrait clairement penser à un morceau des Voidz : de l'Auto-Tune d'un bout à l'autre, une structure en dehors des codes classiques du rock, et une dernière phase qui change complètement de mélodie pour nous propulser dans un tout autre morceau. Un bijou de composition... si l'on prend la peine d’apprécier ce qui fait déjà débat chez les fans : ce traitement vocal totalement synthétique.

Ce sacré Julian Casablancas, devenu accro à cet outil qui fait toute l’identité des Voidz, compte bien importer ce son chez les Strokes. Il catapulte ainsi le groupe dans une nouvelle dimension, prouvant au passage qu'il se moque des critiques : il veut juste s’éclater, sans suivre les codes ni céder aux doléances des puristes.

Voyons voir ce que cela donne sur l’album complet, dont nous écrivons la critique au fil de cette toute première écoute !

S'il y a bien quelque chose qu’on ne peut pas reprocher aux Strokes, c’est de mal choisir leurs morceaux d’ouverture. Reality Awaits ne déroge pas à la règle : Psycho Shit nous offre une intro douce qui contraste totalement avec son titre. La voix de Julian Casablancas est très présente dans le mix, quasiment naturelle, avant que l’Auto-Tune ne monte en puissance au même rythme que son chant. On tient peut-être là l’un des morceaux les plus tristes et ténébreux du groupe. Le pont vient nous confirmer ce que l’on soupçonnait déjà : The Voidz s'invitent définitivement à la fête.

Dire N’Dash prend le relais : des sonorités à la The Cure dès l’intro pour un titre qui continue de nous dévoiler la part sombre des Strokes. Julian y déploie une voix puissante et délaisse l'effets vocal. Ce deuxième morceau confirme le virage artistique majeur amorcé par le groupe. Il aurait presque pu figurer sur The New Abnormal avec ses variations mélodiques internes, mais conserve ici une grande cohérence d'ensemble. Une magnifique pièce, très surprenante, qui demandera plusieurs écoutes pour être appréciée à sa juste valeur.

On enchaîne rapidement sur Lonely In The Future, qui apporte enfin un peu de lumière ! On y retrouve la pêche signature des Strokes, "YOLO, You Only Live Once" entend-on dans ce morceau plus rock et groovy, comme si Angles et First Impressions of Earth avaient encore des choses à raconter. Fantano (le célèbre critique qui déteste cette nouvelle direction) y est même name-droppé. Le pont et son riff de synthétiseur surprennent, venant casser la structure du morceau avant même qu'une quelconque lassitude ne s'installe. Une très belle surprise !

On passe à Falling Out Of Love… Deuxième single dévoilé, qui avait lancé de vifs débats sur cette nouvelle orientation. C’est clairement le titre le plus proche de The New Abnormal et des travaux de The Voidz. Pour faire simple : une orgie mélodique. D'abord mélancolique, le morceau devient plus pop sur son refrain avant de replonger dans une ambiance sombre. La voix de Julian oscille entre puissance et intimité. Mais ce qui marque le plus, c’est ce switch final qui offre quasiment un second morceau dans le morceau. Un immense titre et un chef-d’œuvre de composition. Si The Voidz ont permis à Casablancas de trouver l’inspiration pour nous offrir une telle pièce, alors ce side-project est une bénédiction.

Going To Babble On revient à un son plus entraînant, sans doute le plus accessible de l’album à ce stade. Un titre qui aurait pu figurer sur Comedown Machine, mais qui s’insère parfaitement dans la direction artistique globale. Le solo de guitare nous raccroche à l’époque rock des Strokes et assure la transition parfaite avec le nouveau gros tube du groupe.

Going Shopping ! Déjà écouté des dizaines de fois depuis sa sortie en single, ce morceau est une réussite totale. Un refrain extrêmement accrocheur, des riffs dont seuls les Strokes ont le secret : on a immédiatement envie de sortir en pleine canicule et d'écouter le morceau à fond. Les mélodies de guitare ont un côté presque comique, et le solo signature vient saluer les grands classiques de la discographie. Un morceau fun qui rentrera directement au panthéon des incontournables du groupe.

Liar’s Remorse revient sur une intro mélancolique pour nous ramener dans l’ambiance du début de disque : une ballade qui met la voix de Julian très en avant sur des riffs folk / country inédits chez eux. On entend même un ukulélé pour soutenir l’ensemble ! Julian ne stoppe quasiment jamais son chant pendant que les guitares s’amusent à multiplier les lignes mélodiques. Le morceau se coupe net pour laisser place à des sonorités de jeu vidéo rétro, parfait rappel du thème rétro-futuriste.

The Fruits of Conquest : on revient sur un morceau plus dansant et groovy, mais pas forcément le plus intéressant du lot. Assez répétitif et sans réelle progression, il s'avère néanmoins entraînant au fil des écoutes. C'est surtout la batterie qui s'y fait remarquer. Sans doute le morceau en retrait de l'album.

Déjà l'heure de la clôture avec Tyrants of the Mellow Moon. Encore un titre où la mélancolie, fil conducteur de cet album, est omniprésente. La batterie, totalement folle, s'y exprime comme elle en a rarement eu l'occasion chez les Strokes. Tout comme sur Falling Out Of Love, on n'a même pas le temps de s’imprégner de cette superbe ambiance que l'on est propulsé vers quelque chose de totalement différent sur la fin du morceau. C’est sur ce virage assez abrupt que le disque s'achève.

Alors ?

Difficile de juger un album aussi riche et polyvalent après seulement quelques écoutes. Reality Awaits fait assurément partie de ces œuvres qui demandent une longue digestion. Il s’agit du disque le plus sombre de la discographie du groupe et d'un tournant musical majeur. The New Abnormal proposait déjà des moments mélancoliques comme At The Door et Ode To The Met, mais ceux-ci restaient très lumineux.

Une chose est certaine : Casablancas a réussi l'exploit d'injecter la folie de The Voidz au sein de son groupe principal. On pourrait croire qu’il ne reste plus grand-chose des Strokes des débuts — malgré la présence d'un tube évident comme Going Shopping, mais est-ce si important ? Julian Casablancas et ses acolytes s’amuse, défrichent de nouveaux territoires et proposent avec Reality Awaits une œuvre extrêmement cohérente qui ne laissera personne indifférent. Mention spéciale à Rick Rubin, qui apporte une fois de plus une touche exceptionnelle à la production d'un album décidément pas comme les autres.

On a hâte de voir le groupe sur scène lors de sa tournée européenne ! Pour le coup, l'énergie de cette tournée semble être folle et la bande a l'air de s'amuser comme cela ne lui était pas arrivé depuis très longtemps. Une nouvelle ère s’ouvre pour les Strokes... et pour les fans.

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